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MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

Jean Claude BIAU Actions sociales & écologistes MONTPELLIER MÉTROPOLE MEDITERRANEE & OCCITANIE

MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

Magali Reinert 13 août 2020 paru dans leDOC Montpellier 

 

Un peu partout en France et malgré l’abstention massive, la campagne des municipales a promu le municipalisme. Un concept qui désigne des mouvements populaires engagés dans la conquête du pouvoir à l’échelle locale. Sur ces listes citoyennes, des personnes hors des partis, aguerris (ou pas) à la politique au sein des mobilisations sociales et des associations, veulent recréer un idéal démocratique où la participation des habitants prend le pas sur la démocratie représentative. Si l’élan est international, il a pris, cette année, une nouvelle dimension dans l’Hexagone. Avec plus ou moins de succès. Petit lexique pour se familiariser avec le municipalisme.

Autonomie vis à vis des partis politiques

Aujourd’hui, n’importe quel parti se réclame d’une liste citoyenne dès qu’il ouvre des places à des candidats hors partis, « issus de la société civile ». Pour contrer la récupération, le municipalisme propose de s’affranchir de toute alliance avec des partis politiques. Un critère défendu notamment par le collectif La belle démocratie dans sa boite à outils à l’attention des municipalistes en herbe. Force est de constater que, dans la pratique, beaucoup de listes municipalistes affichent le soutien de formations politiques de gauche ou écologistes…

Barcelone
La capitale catalane est un lieu d’expérimentations municipalistes très suivi, alors que sa maire Ada Colau de Barcelona en comú a été réélue en juin 2019. L’Espagne a en effet vu, lors des élections locales de mars 2015, des listes municipalistes remporter les mairies dans une dizaine de villes, de Madrid à Saragosse, en passant par Valencia et Barcelone.

Candidats
La constitution de la liste est finalisée le plus tard possible dans la campagne. Le dispositif évolue sans mettre la priorité sur la nomination de la première place. Pour les municipalistes, la méthode et les outils de désignation des candidats prennent beaucoup de place (et de temps) Et suivent des voix inédites. A Toulouse par exemple, l’Archipel citoyen a nommé un tiers de sa liste par tirage au sort, un autre par plébiscite (les candidats sont désignés par autrui) et le dernier tiers était réservé aux candidats volontaires. Dans la même idée, il n’y a pas de programme prédéfini. Les orientations et les projets initiés par les équipes de campagne continueront d’être débattus et travaillés tout au long de la mandature en s’appuyant sur les problématiques des habitants.

Decidim
Cette plateforme en open source, créée par Barcelona en comú pour concevoir le plan stratégique de Barcelone, est « rapidement devenu le meilleur logiciel libre de participation citoyenne en Europe », selon la direction interministérielle de la consultation publique. Outil de démocratie directe, Decidim permet de faire des propositions, d’en débattre et de les voter.

Éthique
Étant admis que le pouvoir corrompt, la mise en place d’un code éthique fait partie des chantiers auxquels s’attèlent les équipes municipalistes. « Un code éthique n’a pas vocation à nous prémunir contre la corruption, il s’agit d’un outil permettant de démettre de leurs fonctions ceux qui auraient un comportement inadéquat », souligne, pragmatique, Ximo Balaguer de Barcelona en Comú. Parmi les mesures : le plafonnement des indemnités, la transparence de l’agenda de travail, l’encadrement des conflits d’intérêts, la démission de tout autre mandat en cas de victoire à l’élection…

Fearless cities
Un réseau international de près de 180 « villes sans peur » s’est réuni à Barcelone en juin 2017. Mégapoles ou villages, elles refusent le discours sur le péril migratoire et défendent notamment l’idée de villes refuges ouvertes aux nouveaux arrivants.La carte d’identité municipale délivrée à New-York aux sans-papiers mais résidents newyorkais défend par exemple l’idée d’une citoyenneté urbaine qui repose sur l’intérêt commun de la cohabitation et de la convivialité.

Gilets jaunes
Les Gilets jaunes ont fait du Référendum d’initiative citoyenne (Ric) l’une des revendications fortes de leur lutte. A Commercy, dans la Meuse, est née l’assemblée des assemblées (Ada) pour continuer de faire vivre le mouvement en dehors de l’occupation des rond-points des traditionnelles manifestations du samedi. Dans ce fief des Gilets jaunes, une liste citoyenne s’est présentée aux élections municipales de mars 2020 avec la volonté de redonner le pouvoir de décision aux habitants. Elle a réalisé un score de 9,77%.

Les mouvements pour le climat et avant eux Nuit debout ont aussi réveillé l’appétit de démocratie directe. Tout comme celui des indignés (ou du 15-M) en Espagne avait nourri la création de nombreuses listes citoyennes aux élections municipales de 2015. « Après avoir occupé les places, les habitants ont aussi occupé les institutions », commente Elisabeth Dau, directrice du programme Municipalisme, Territoires et Transitions – Mouvement Utopia et CommonsPolis , dans la préface du Guide du municipalisme édité aux Éditions Charles Léopold Mayer.

Implication citoyenne
« Le municipalisme est complètement étranger aux pratiques politiques françaises mais répond par contre très clairement aux aspirations des citoyens, avec une forte repolitisation à l’échelle locale », pointe Etienne Ballan, co-président de l’Institut de la concertation et de la participation citoyenne. Qui atteste ainsi de la faiblesse de la démocratie participative en France.

Jeu (Règles du)

Le municipalisme propose de faire de la politique autrement, mais avec des règles et de la méthode. Une panoplie d’outils de démocratie participative est ainsi relayée par différents collectifs et associations. En plus de ceux déjà cités, on peut mentionner : Les voies de la démocratie, Commonspolis, Action commune… Voir aussi la page dédiée de l’Institut de la concertation et de la participation qui en fait une recension assez exhaustive.

L’entre-soi
D’aucuns craignent que ces listes s’enferment dans un cercle militant restreint. C’est une préoccupation qu’il faut garder en permanence à l’esprit, explique en substance Enric Bárcena de Barcelona en comú, qui raconte, lors de la campagne municipale espagnole, le porte-à-porte, les réunions dans les espaces publics et les cafés de quartiers, mais aussi les fêtes, le parti-pris de toujours faire plus de place au nouvel arrivant. Ceux qui s’investissent sont souvent diplômés de l’enseignement supérieur et gravitent autour de l’économie sociale et solidaire. Lors du récent scrutin, à Toulouse comme à Montpellier, les listes municipalistes ne sont pas parvenues à mobiliser les quartiers populaires. Par contre, elles ont obtenus des résultats remarqués dans les centres-villes et les faubourgs voisins.

Nébuleuse
Une cartographie de toutes les listes françaises engagées sur la voix du municipalisme est disponible en ligne. Elisabeth Dau ena relevé 408 qui se sont présentées aux élections, dont 66 ont conquis le pouvoir. Parmi elles : la ville de Poitiers dans le département de la Vienne, Chambéry en Savoie ou Annecy en Haute-Savoie. Au total, selon la spécialiste, il y aurait 1 324 conseillers municipaux majoritaires et 638 conseillers d’opposition.

Nous Sommes

Le collectif montpelliérain s’est inspiré en grande partie des concepts du municipalisme pour déployer sa campagne aux élections municipales. Soutenu par La France insoumise, il a prôné des valeurs autour de la radicalité démocratique, l’écologie et les solidarités. Avec un score de 9,25% au premier tour, le mouvement ne pouvait se maintenir. A la surprise générale, il a fusionné avec la liste de l’industriel Mohed Altrad connu pour son management brutal. Avec moins de 10 000 voix au second tour, seule Alenka Doulain représente Nous Sommes au sein du conseil municipal et de l’assemblée métropolitaine. Une logique assumée selon la stratégie « un pied dans les institutions, 1 000 pieds dehors ». Le mouvement fait partie de l’une des rares voix à porter la contradiction au nouveau maire socialiste Michaël Delafosse.

 

 

Mooc – La démocratie participative ne s’improvise pas. Si vous voulez vous former et être capable de disqualifier la participation de façade, suivez le mooc gratuit La commune est à nous.

Organisation
De l’organisation dans la pratique du pouvoir donc. Barcelone compte par exemple sept espaces de délibération et de prise de décision. Dont « Le commun » et ses 15 000 participants qui prennent des décisions via une plateforme en ligne, « La plénière » pour les prises de décisions stratégiques avec les membres de tous les groupes de travail thématiques, les groupes de quartier formés par les habitants concernés…

Pouvoir
L’engouement pour le municipalisme nait de l’aveu d’échec de nombreux militants à influencer le politique sans prendre le pouvoir. Mais certains se découragent vite. « Beaucoup de gens abandonnent : ils entrent dans le mouvement, motivés par l’idée d’une collaboration bienveillante, et se heurtent à la réalité des conflits au moment des prises de décision », raconte un observateur marseillais.

Retour des communs
Anticapitalistes, les municipalistes s’opposent à l’alliance entre les collectivités locales et les marchés.  La notion ancienne de communs – gestion communautaire locale du bien commun – y est à l’honneur. Largement disparues en France, ces pratiques ont des survivances en Espagne mais aussi en Italie. Naples, à la faveur d’une loi ancienne sur « l’usage civique du bien public », laisse ainsi 40 000 m2 de bâtiments de la ville en autogestion à des collectifs citoyens.

Saillans
La plateforme municipaliste « Autrement pour Saillans, tous ensemble » a remporté les élections municipales de 2014. Précurseur en France, la commune, située dans la Drôme, est devenue l’emblème hexagonal d’une transformation de la vie démocratique locale. Il y a été mis en place une collégialité de la gouvernance communale.

Théorie
La recette n’est pas nouvelle et elle est théorisée sous le terme de municipalisme libertaire au siècle dernier, dans les bouillonnantes années 1970 de l’écologie politique, sous la plume de l’américain Murray Bookchin.

Toulouse

Dans la capitale de la région Occitanie, le maire sortant Jean-Luc Moudenc a été réélu (51,98%). L’édile, membre du parti Les Républicains, s’est toutefois fait quelques frayeurs et a été sérieusement bousculé par L’Archipel citoyen (49,02%). A propos de cette liste participative, Elisabeth Dau raconte dans un entretien accordé cette semaine à Mediacités :

« L’Archipel citoyen disposait d’une certaine maturité. Leur noyau-cœur avait commencé à préparer ce rendez-vous il y a près de trois ans. Précurseurs sur le processus de désignation, de tirage au sort ou encore le code éthique, ils ont fait figure de locomotive des listes participatives en France. Très vite, l’Archipel s’est néanmoins retrouvé aux prises avec de nombreuses tensions propres au municipalisme, entre l’horizontalité et la verticalité, le local et le global, l’urgence et le temps long, le collectif et le leadership, etc. Autant de questionnements de fond qui ont pu provoquer quelques tensions avec les professionnels les ayant rejoints dans l’entre-deux tours… Ce rapprochement avec les partis politiques en quête de places éligibles a pu être perçu par certains comme une atteinte à la « pureté » de ce mouvement citoyenniste, tout comme le choix de laisser Antoine Maurice (EELV) incarner seul le mouvement. La violence de la campagne avec les nombreux dénigrements subis par leur tête-de-liste n’a pas dû les aider, non plus. Leur adversaire (Jean-Luc Moudenc, ndlr) leur a aussi reproché leur positionnement politique, oubliant toutefois que des postures idéologiques, tout le monde en a, y compris au niveau local. »

 

Villes
Les communes sont considérées comme l’échelon pertinent pour agir efficacement à la résolution des crises écologiques et sociales. Pariant ainsi sur la possibilité de rupture entre la politique municipale et celle des échelons supérieurs. Indépendamment des États, des villes se sont par exemple engagées dans des transitions énergétiques et écologiques (Villes en transition,  Energycities…).

Magali Reinert

Découvrez un grand entretien avec Elisabeth Dau publié chez nos amis de Mediacités et intitulé « Les municipalistes disposent désormais d’une vraie force d’expérimentation locale ».

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