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MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

Jean Claude BIAU Actions sociales & écologistes MONTPELLIER MÉTROPOLE MEDITERRANEE & OCCITANIE

MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

Nous Sommes : le collectif citoyen qui bouscule la campagne à Montpellier

https://ledoc-info.com/2020/02/27/nous-sommes-le-collectif-citoyen-qui-bouscule-la-campagne-a-montpellier/

Nous Sommes : le collectif citoyen qui bouscule la campagne à Montpellier

 

Crédité entre 7% et 12% dans les  sondages, le mouvement citoyen Nous Sommes espère créer la surprise en s’emparant de la mairie de Montpellier. Son ambition : remettre le citoyen au cœur de la ville et des décisions. Le collectif veut « tourner la page du système Frêche » et incarner la rupture. Tout en assumant le soutien de la France Insoumise. Et sans fermer la porte aux discussions en coulisses. Nous Sommes joue volontiers les effrontés, s’affranchit des schémas classiques et trouble le jeu de la campagne des municipales.

Il y a encore quelques mois, le collectif Nous Sommes était perçu comme un petit cercle de joyeux utopistes qui organisait des assemblées citoyennes et se réunissait dans les bars de Montpellier. Pour rêver de démocratie représentative. Et de bouter les « clans de notables de la Frêchie » hors de Montpellier.  « On était la petite bande sympathique écolo-gaucho-bobo » sourit Rhany Slimane, l’un des pionniers du mouvement, membre du comité électoral de la France Insoumise et devenu porte-parole du mouvement citoyen. Aujourd’hui,

Nous Sommes a changé d’envergure. Du simple poil à gratter de la majorité municipale, le collectif est devenu une force d’opposition qui gagne en crédibilité. Structurée. Organisée. Nous Sommes a été la première liste ordonnancée pour l’élection municipale. La première à sortir un programme qui peut d’ailleurs être enrichi, sur une plateforme, par tous les citoyens. 

Sur les réseaux sociaux, Nous Sommes raille facilement le maire de Montpellier Philippe Saurel

« Reprendre le contrôle. Changer de politique en changeant de visages. Remettre les institutions au service des citoyens. Faire face aux crises sociales, écologiques et démocratiques » : tels sont les grands axes de cette liste qui espère conquérir la mairie de la 7e ville de France. Inspiré par le municipalisme libertaire et l’exemple de Barcelone en commun, Nous Sommes présente une liste jeune (37 ans d’âge moyen ) qui fait du « clientélisme et des jeux d’appareils politiques » les ennemis à abattre. 

« On attire beaucoup de déçus de la politique et d’abstentionnistes » s’enthousiasme Arnaud Matarin, numéro 2 sur la liste. « La dynamique s’intensifie. On compte aujourd’hui une centaine de personnes dans le noyau dur, très impliquées. Et plusieurs centaines de sympathisants. » 

Une actrice de la vie politique montpelliéraine, qui souhaite rester anonyme, estime que Nous Sommes  « sont des jeunes qui auraient dû intégrer la gauche. Mais la gauche les a ratés ! Le Parti socialiste, en particulier, n’a pas su donner de place à ces gens qui réfléchissent différemment à la politique. Il y avait trop de monde qui attendait son tour au PS et refusait de laisser le champ libre. Nous Sommes s’est donc créé son propre espace. Et la démarche peut séduire. » 

Le mouvement citoyen intrigue, intéresse. Mais commence aussi à agacer. Ses actions coups de poing, ses moqueries et sa critique cinglante -en particulier de la majorité municipale- irritent. Sont perçus comme de l’arrogance. Et en retour, le collectif est lui aussi égratigné. 

D’abord, parce que la liste est soutenue par La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas un secret. Ça ne l’a jamais été. Mais Nous Sommes n’en fait pas son ADN. Ce soutien est d’ailleurs inscrit, très discrètement, au bas de l’affiche de campagne.

« La première marque de soutien de LFI, c’était de ne pas présenter de liste face à nous » explique Alenka Doulain, la tête de liste de Nous Sommes. « La France Insoumise nous prête aussi son outil pour gérer l’emprunt populaire que nous avons lancé. Mais ne nous finance pas. Pour ça on compte aussi sur les dons*. Et enfin, on ne s’en cache pas, il y a sur la liste – et dans le collectif- des personnes issues de la LFI. » Le maire sortant, Philippe Saurel, n’a pas manqué de le souligner le jour où il a annoncé sa candidature à un second mandat. Avec une pointe d’excès. « La moitié des gens de Nous Sommes font partie de la France Insoumise ! » a lancé l’édile, dès le début de sa conférence de presse. Lui, qui revendique être le seul à porter une liste « citoyenne et hors parti ». 

Le mouvements’inspire de notre enquête sur le championnat du cumul dans le temps dans l’Hérault pour dézinguer les candidats aux municipales qui ont déjà exercé le pouvoir par le passé.

En réalité, sur la liste de Nous Sommes, dix personnes (sur 65) sont issues de la France Insoumise. Parmi elles, des personnalités connues à Montpellier : Rhany Slimane (candidat LFI aux européennes), Julien Colet (candidat LFI aux législatives) et Nathalie Oziol (chef de file LFI) respectivement aux 4e, 8e et 17e places. « La France Insoumise n’a pas trusté les premières places ! » explique Rhany Slimane. « La liste compte aussi deux personnes issues d’EELV (dont la tête de liste), une de Generation.s et une autre de Place Publique. Au total, on a donc 51 personnes sans étiquette ! » tient-il à préciser. 

Une méthode de désignation du bas vers le haut

La composition de la liste et son ordonnancement font la fierté de Nous Sommes. La méthode est singulière. Elle tranche avec les schémas classiques que Nous Sommes appelle « la tambouille électorale ».

« Il y a le chef, souvent un homme providentiel, qui choisit et désigne ses colistiers. Des petits arrangements se font dans l’arrière-boutique sur les places et les postes à offrir » raille Alenka Doulain. « Chez nous, c’est l’inverse. Ça se passe du bas vers le haut. Il y a d’abord eu la composition de la liste qui elle-même a désigné la tête de liste. Et enfin, la liste s’est auto-ordonnancée, avec un vote majoritaire, pour obtenir les 65 noms. » 

Ce processus avait démarré dès l’automne 2019. Chacun.e pouvait se porter candidat à la liste ou plébisciter une personne via une plateforme en ligne. Bilan : 136 inscrits et/ou plébiscités. Et à l’arrivée : 80 sélectionnés. Un comité de désignation (dix volontaires, non candidats) s’est chargé de mener des entretiens et de retenir les profils. 

Quartiers, genre, âge, catégories socio-professionnelles : l’écrémage se voulait le plus représentatif possible de Montpellier. Les profils issus de l’économie sociale et solidaire y sont nombreux. Puis, est venue la désignation de la tête de liste. « Une élection sans candidat » détaille le n° 2 Arnaud Matarin. « Personne ne s’était déclaré pour la fonction, c’est la liste qui devait choisir le ou la meilleure représentant.e. Six ou sept noms sont sortis. Chacun pouvait argumenter pour ou contre. Chacun pouvait aussi refuser d’être désigné. A la fin, c’est Alenka qui a été choisie. » 

De « Nous Sommes » à « Je suis » 

Ce n’était pas vraiment une surprise. Son nom circulait depuis l’été 2019 comme l’une des plus en vue, pour être plébiscitée et diriger la liste. Alenka Doulain, 30 ans. Habitante du quartier populaire Figuerolles. Animatrice de réseau chez ECLR Occitanie (énergies citoyennes locales et renouvelables). Ex-militante d’Europe écologie Les verts. Approchée par EELV pour une éventuelle candidature à l’élection municipale, elle avait d’ailleurs décliné. Son expérience politique a-t-elle joué en sa faveur dans le processus de désignation de Nous Sommes ? « Je ne pense pas, sincèrement » répond-elle. « Je n’inspirais pas forcément plus confiance parce que j’avais déjà évolué dans un parti. Au contraire, avoir déjà été encartée a donné lieu à une objection et donc, une discussion pendant la désignation. » 

Plus tard, un autre débat va surgir. Cette fois, autour d’un outil incontournable de la période électorale : l’affiche de campagne. Celle de Nous Sommes est d’inspiration pop culture : elle rappelle les affiches des démocrates américains et en particulier l’iconique « Hope » de l’artiste Shepard Fairey pour Barack Obama. Elle est aussi l’origine de l’influence de Lenny Benbara, co-fondateur et directeur du média en ligne Le vent se lève. 

Mais surtout, cette affiche (placardée partout dans les rues de Montpellier) place Alenka Doulain -et elle seule- au centre. Son visage. Son prénom. Son nom. Un virage à 180 degrés pour un mouvement qui se dit collectif et anti-personnification. Les détracteurs s’en sont emparés, critiquant « le passage de Nous Sommes à Je Suis ». 

Cette stratégie n’a pas non plus fait l’unanimité au sein du collectif mais elle est parfaitement assumée. « Ça a créé du débat, évidemment ! Mais si on veut gagner, il faut mettre en avant une personne. Les citoyens votent pour une liste mais il élisent avant tout leur maire » argumente Arnaud Matarin. « On ne peut pas le nier, nous devions combler notre déficit de notoriété face à des figures connues de Montpellier » ajoute le colistier. « On essaie malgré tout de trouver un équilibre pour toujours mettre en avant le collectif » poursuit Alenka Doulain. D’ailleurs le clip de campagne de Nous Sommes, mis en ligne quelques semaines plus tard, va opérer un retour aux sources. Il promeut et montre essentiellement le collectif. Et là aussi, c’est stratégique. « Ce clip, c’est pour notre cible : les 18-35 ans qui sont sur les réseaux sociaux » décrypte Rhany Slimane. Pour viser un public jeune, l’affiche de campagne a aussi été diffusée…sur une application d’un site de rencontres. Enfin, la liste promet de repousser d’une heure la fermeture des bars le soir. Officiellement pour « offrir un lieu sécurisé plutôt que d’errer dans la rue ». Une mesure que d’aucuns jugent légèrement démagogique mais qui peut séduire la cible : la jeunesse montpelliéraine.

Discuter avec les autres, sans céder à la tentation de « la tambouille »

Une stratégie. Un cap. Un récit. Nous Sommes mène sa campagne et déroule son programme. Écologie, gouvernance métropolitaine, logement, santé…aucun thème n’est négligé. Pas même la sécurité, érigée parmi les priorités. Ce qui a pu surprendre, voire déranger y compris dans les rangs du collectif. Pourtant, Nous Sommes assure maintenir les fondamentaux. « Consulter. Tout le temps. Tout le monde » précise Arnaud Matarin. « On débat énormément mais on ne se perd pas dans des grands raouts. On n’est pas en assemblée générale perpétuelle » ajoute Alenka Doulain. Nous sommes revendique un organigramme clair avec des instances bien définies, « collégiales et démocratiques ». Liste, communication, rédaction du programme, accueil des nouveaux sympathisants… à chaque pôle, sa mission. « Chacune de ces instances rend des comptes pour que les informations circulent. »

A l’approche du 1er tour de l’élection municipale, Nous Sommes discute avec les équipes des autres candidat.e.s. « Les sollicitations viennent de toutes les forces politiques, à l’exception du RN et du camp de Philippe Saurel » reconnaît Rhany Slimane. « Certains veulent discuter pour le 1er tour, d’autres pour l’entre deux tours. » N’y a-t-il pas un risque, pour le mouvement citoyen, de tomber dans les travers qu’il dénonce ? D’être accusé, à son tour, de céder à la tentation de la « tambouille » ? A cela, Rhany Slimane répond : « On n’est pas sectaires et donc, on accepte de discuter ! Ça ne signifie pas forcément qu’on négocie. Et si on doit le faire, ça se fera de manière claire et transparente, sans accord d’appareil. La liste est souveraine et toute proposition sera soumise à un jugement majoritaire. »

Des discussions, des tentatives de rapprochement, il y en a eu très tôt. Bien avant que Nous Sommes ne compose sa liste. Manu Reynaud, d’EELV, se souvient : « On voulait faire quelque chose ensemble mais le principal point de blocage portait sur la méthode. Nous, on voulait parler de projet car nous avons des points commun. Eux, on fermé la porte sur la méthode de désignation des candidats. Pourtant, une élection, ça ne se gagne pas sur une méthode mais sur un projet ». Manu Reynaud porte un regard « bienveillant » sur Nous Sommes « des gens sympathiques avec une démarche intéressante » mais il reste circonspect sur leur attitude. « Il y a quelques contradictions entre leur discours propret et idéaliste et certaines pratiques en coulisses qui ressemblent un peu à l’ancien monde… » Surtout, pour le numéro 2 de la liste EELV à Montpellier, « Nous Sommes, c’est la France Insoumise. Les choses sont claires. C’est une lecture politique. Sans ce soutien, ils ne seraient pas autant crédités dans les sondages. »

En cas de victoire, la France Insoumise fera- t-elle de la mairie de Montpellier un trophée ? « Ils pourront dire qu’ils ont participé à la victoire. Ils ont cru en nous, ils auront le droit de le revendiquer » répond Rhany Slimane. « Mais jamais, ils ne diront que Nous Sommes, c’est la France Insoumise. Je n’y crois pas une seconde. »

Et si Nous Sommes ne l’emporte pas, le 22 mars. Quel sera son avenir ? « Nous continuerons d’exister » assure Alenka Doulain. « On pourrait se fédérer avec d’autres listes citoyennes partout en France et surtout dans la région Occitanie. » Le mouvement Nous Sommes imagine-t-il peser sur d’autres scrutins locaux ? « Les départementales, les régionales certains en parlent déjà » répond Arnaud Matarin. « Moi je pense que c’est trop tôt. Ce qui va compter, c’est de rester encore et toujours sur le terrain. Continuer à dénoncer ce qui ne fonctionne pas et proposer des solutions. Si on est dans l’opposition, on aura aussi accès à des informations essentielles, sur le budget par exemple. Ça nous ferait passer un autre cap. » 

Donneurs de leçons, trublions ou véritable force incarnant le changement : Nous Sommes a, quoi qu’il arrive, déjà passé un cap. Celui de peser et de pas laisser indifférent.

Quelques mesures du programme de Nous Sommes, baptisé « un nouvel espoir ».

La révocation des élus à mi-mandat, s’ils ne tiennent pas leurs engagements. 

Mise en commun des logements vides appartenant à des propriétaires institutionnels : rénovation et mise à disposition des plus précaires.

Végétaliser « massivement et intelligemment ». Développer les énergies renouvelables pour faire de Montpellier une métropole solaire ». 

Développer une police de proximité adaptée à chaque quartier. Recruter 50 nouveaux agents.

Créer une « mutuelle communale pour permettre aux plus précaires de bénéficier d’une couverture de santé complémentaire ». 

Geler la création de nouvelles écoles privées sous contrat et arrêter les constructions d’écoles « tape à l’œil, onéreuses et non fonctionnelles ».

Rendre le réseau de bus plus efficace et favoriser le développement du vélo


* 25 000€ de dons et plus de 30 00€ pour l’emprunt populaire (sur un objectif de 60 000€) à l’heure où sont rédigées ces lignes. Le budget total est conséquent puisqu’il s’élèverait à 120 000€. La location du local, surnommé « Le quartier généreux » s’élève à plus de 4 000€ par mois.   

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