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MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

Jean Claude BIAU Actions sociales & écologistes MONTPELLIER MÉTROPOLE MEDITERRANEE & OCCITANIE

MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

L'Humanité : Municipale Montpellier "Un bordel Pareil"

L'Humanité : Municipale Montpellier "Un bordel Pareil"

CAMPAGNE. « UN BORDEL PAREIL, IL N’Y A QU’À MONTPELLIER QU’ON VOIT ÇA »

Vendredi, 31 Janvier, 2020

Éclatement des voix, décomposition politique, la capitale héraultaise décline localement le big bang politique de 2017.

Montpellier (Hérault), envoyé spécial.

À peine les portes ouvertes, c’est la cohue. La foule se précipite, se comprime pour espérer entrer dans la salle. Résultat : autant de recalés que de petits chanceux. « On a campé une heure devant la salle et on nous ferme les portes au nez ! », s’insurge une jeune femme. Non, ce n’est pas l’avant-première internationale du prochain Star Wars. Seulement un débat entre candidats à Montpellier, un soir du 29 janvier. Mais, dans la cité languedocienne, entre l’éparpillement des voix, un paysage politique embrouillé à tous les niveaux, des familles politiques qui s’entre-déchirent, la candidature très sérieuse du milliardaire Mohed Altrad et celle tout aussi sérieuse du youtubeur et ami des animaux Rémi Gaillard, l’élection a des airs d’improbable feuilleton politique.

« Montpellier est en train de vivre une période d’approfondissement de la décomposition politique, résume le politologue montpelliérain Emmanuel Négrier. Le système politique dominé par le Parti socialiste s’était affaibli en 2014 avec la victoire du maire actuel, Philippe Saurel (sans étiquette – NDLR), dans un contexte de défiance vis-à-vis du PS au pouvoir. L’élection de 2017 a ajouté une disruption nationale à une disruption locale. Ce qui donne cette situation complètement indécise, où tout le monde cache ses étiquettes et où on peut très bien avoir un second tour à deux candidats comme à cinq ou six. » Rien de surprenant, donc, à ce que l’amphithéâtre de la faculté de droit, vieille de plusieurs siècles, soit plein à craquer. Le « grand débat », coorganisé par les étudiants en science politique et le média Le vent se lève, siffle le coup d’envoi de la course à la mairie.

À la tribune, on remarque d’abord le grand absent : le maire, Philippe Saurel. Opéré du genou début janvier, il n’a pas encore annoncé sa candidature, même s’il ne fait pas grand mystère de sa volonté de briguer un second mandat. Ses opposants ne comptent pas l’attendre pour l’étriller. « On est la seule grande ville où le maire sortant n’a pas encore annoncé sa candidature à ce stade. Peut-être parce qu’on est la seule ville où il est aussi impopulaire », tacle un proche de Michaël Delafosse, candidat socialiste et allié au PCF, à propos du sondage donnant Saurel à 17 %. Et de jouer les prophètes : « La particularité de Philippe Saurel, c’est qu’il est fâché avec tout le monde : les collectivités, l’opposition, ses propres alliés… On ne peut rien prédire du second tour, si ce n’est une chose : Saurel sera battu. »

DES GUERRES CLANIQUES AU SEIN DES VERTS

Admettons, mais par qui ? Car, à Montpellier, en plus d’un électorat atomisé comme partout en France, les différentes chapelles sont minées par des guerres intestines et se partagent entre plusieurs candidats. « Un bordel pareil, il n’y a qu’à Montpellier qu’on voit ça », en rigole un militant socialiste. Si bien que personne ne profite vraiment de la faiblesse de la liste sortante, ni de son retard pris dans la campagne, pour doubler les autres. Retour à la faculté de droit. Ce soir-là, cinq des six protagonistes ont en commun de graviter, selon les différents sondages, autour de la ligne de flottaison des 10 % d’intentions de vote, nécessaire pour se qualifier au second tour. Autant d’outsiders qui aiguisent leurs couteaux, à commencer par les deux candidats écologistes Clothilde Ollier et Jean-Louis Roumégas. L’ironie, à moins que ce ne soit un organisateur facétieux, a voulu que ces deux-là – qui de notoriété publique se détestent au plus au point –, soient placés à côté.

Pour comprendre la haine tenace qu’ils entretiennent, il faut revenir quelques mois en arrière et s’intéresser au feuilleton dans le feuilleton : les guerres claniques au sein des Verts. En octobre, tous deux sont favoris pour briguer l’investiture d’EELV lors d’une primaire locale ouverte à tous. L’ancienne infirmière syndiquée à la CGT l’emporte. Mais Roumégas, vieux briscard de la politique montpelliéraine, conteste le vote : sa rivale aurait bénéficié d’un nombre important de voix de militants insoumis proches de François Ruffin, venus s’inviter dans la primaire. Il claque alors la porte d’EELV et lance une liste dissidente : « L’écologie pour tous », créditée d’un petit 5 %. Pour Clothilde Ollier, en revanche, tout va bien : les sondages la placent en tête, à 22 %. Jusqu’au rebondissement de janvier : la direction d’EELV décide de lui retirer l’étiquette, lui reprochant de davantage travailler avec des « insoumis qui ne sont pas des vrais écologistes », au mépris des règles fixées par son propre parti. Clothilde Ollier a annoncé se maintenir malgré ce camouflet. Quant à EELV, il doit désigner un nouveau candidat le 4 février, lors d’une assemblée générale. Fermée, cette fois.

La perspective de voir trois candidats issus d’EELV, qu’ils soient officiels ou déchus, se saboter mutuellement fait les affaires d’une autre liste de gauche, celle d’Alenka Doulain. À 30 ans, la salariée d’une entreprise du secteur des énergies renouvelables, passée elle aussi un temps chez EELV, est à la tête du collectif #NousSommes et a le soutien officiel de la France insoumise (du moins, celle qui ne soutient pas déjà officieusement Clothilde Ollier). Dans le chaos politique ambiant, elle garantit une « liste sans tambouilles » pour « répondre à l’urgence climatique et aux injustices sociales » et promet une consultation des citoyens à mi-mandat. « Si vous n’êtes pas contents, vous pourrez me demander de partir ! », lance-t-elle à l’amphithéâtre, remportant une première victoire à l’applaudimètre. « Quand Mohed Altrad, qui a fait sa fortune dans le BTP, se cherche une légitimité non politique par l’industrie, Alenka Doulain, elle, est un des symboles d’une certaine recomposition politique par le bas, analyse Emmanuel Négrier. Elle mobilise des gens qui ont un capital culturel élevé, mais un faible capital économique, ce qui produit une colère, mais aussi un vrai enthousiasme pour l’action publique. On peut y voir une relative filiation avec les groupes d’action municipale, dans les années 1970, qui se construisaient en dehors des partis, dans le sillage de la lutte pour le Larzac. »

CHACUN A BIEN COMPRIS QU’IL FALLAIT VERDIR SON PROGRAMME

À Montpellier, régulièrement épinglée pour sa pollution de l’air, l’écologie est une grosse préoccupation et chacun a bien compris qu’il fallait verdir son programme. La liste PS promet les transports publics gratuits, quand Patrick Vignal (LaREM) veut repousser « 35 % des véhicules hors du centre-ville ». De quoi rompre avec la période Georges Frêche, indéboulonnable maire de 1977 à 2004, durant laquelle la ville a triplé son nombre d’habitants à coups de grands projets urbains. Ces mêmes grands projets dont les candidats font aujourd’hui le procès, comme celui du quartier Cambacérès. Plus de 2 500 logements qui doivent sortir de terre autour de la nouvelle gare Sud-de-France, au milieu de nulle part, entre deux bretelles d’autoroute. Le projet est suspendu au résultat de l’élection. Autant dire que personne, à cette heure, ne peut prédire ce qu’il en adviendra.

Cyprien Caddeo

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