Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

Jean Claude BIAU Actions sociales & écologistes MONTPELLIER MÉTROPOLE MEDITERRANEE & OCCITANIE

MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

Affaire Baupin: le procès des plaignantes et de la presse


https://www.mediapart.fr/journal/france/010219/affaire-baupin-le-proces-des-plaignantes-et-de-la-presse

Affaire Baupin: le procès des plaignantes et de la presse

 PAR  ET 
Douze personnes, dont des journalistes de Mediapart et de France Inter, vont être jugées à partir de lundi pour diffamation à la suite d’une plainte de Denis Baupin. Dans une enquête publiée par les deux médias en 2016, plus d'une dizaine de femmes témoignaient des violences sexuelles qu’elles avaient subies de la part de l’ancien député. Mediapart a pu consulter le rapport d’enquête préliminaire, dans lequel de nouveaux témoignages apparaissent, dont celui de Cécile Duflot.
 

Il n’y aura pas de procès de Denis Baupin. Mais il y a un procès des femmes qui ont raconté à Mediapart et à France Inter ce qu'elles ont vécu avec l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale. Il aura lieu devant la XVIIe chambre correctionnelle de Paris, au cours de quatre journées d’audience, du lundi 4 février au vendredi 8 février.

L’ex-député écologiste Denis Baupin a en effet déposé plainte contre X en diffamation à la suite de la révélation par Mediapart et France Inter du récit de huit femmes évoquant des violences sexuelles (harcèlement ou agression sexuelle) – quatre à visage découvert, quatre sous le couvert de l’anonymat – le 9 mai 2016.

Dans les jours qui ont suivi, d’autres femmes se sont manifestées auprès de nous, conduisant à la publication le 30 mai 2016 de cinq nouveaux récits de femmes, là encore pour des faits qu’elles qualifient alors de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle – deux le font sous leur nom, trois anonymement.

Un dernier témoignage, celui de l’ancienne conseillère de Bertrand Delanoë Véronique Haché, publié en septembre 2016, n’a pas été attaqué par Denis Baupin.

Au total, quatorze femmes, sous leur nom ou anonymement, ont raconté à Mediapart et France Inter avoir souffert, à des degrés divers, dans des contextes différents, et sur une longue période, du comportement de l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale, figure des Verts français.

Mais ce sont douze prévenu.e.s qui seront jugé.e.s à compter de lundi : les deux journalistes auteurs de l’enquête, leurs directeurs de publication respectifs, six femmes ayant témoigné sous leur nom – l’économiste Sandrine Rousseau, l’élue écologiste du Mans Elen Debost, l’ancienne députée Isabelle Attard, la conseillère régionale EELV Annie Lahmer, la haute fonctionnaire à la retraite Geneviève Zdrojewski, l’ex-militante écologiste Laurence Mermet –, ainsi que deux hommes ayant confirmé plusieurs récits, l’ex-attaché parlementaire Frédric Toutain et l’ancien Vert Jean-Claude Biau.

Denis Baupin, lui, a fait savoir par l’intermédiaire de son avocat Emmanuel Pierrat qu’il ne comptait pas assister au procès. « Denis Baupin ne viendra pas au procès parce qu'il n'y est pas tenu, et que ce n'est pas son procès. C'est le procès de Mediapart et de France Inter », a expliqué le conseil, interrogé par Mediapart.

« Mon client a été injustement accusé d'agressions sexuelles et de harcèlement sexuel, poursuit Emmanuel Pierrat. Denis Baupin n'a pas été placé en garde à vue, n'a pas été mis en examen, n'a pas été renvoyé devant le tribunal. Le classement sans suite [de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris – ndlr] n'a pas rétabli pleinement son innocence. Le sens de ce procès, c'est de dénoncer le lynchage médiatique honteux dont Denis Baupin a été victime. »

En mars 2017, le député (EELV) avait obtenu un non-lieu pour cause de prescription des faits.

« À l’issue de l’ensemble des investigations, il apparaît que les faits dénoncés, aux termes de déclarations mesurées, constantes et corroborées par des témoignages, sont pour certains d’entre eux susceptibles d’être qualifiés pénalement. Ils sont cependant prescrits, expliquait alors le procureur de Paris dans un communiqué. Cette procédure fait donc l’objet, ce jour, d’un classement sans suite pour prescription. » Pour les faits concernés, la prescription est acquise après trois ans (le récent changement de la loi qui a étendu les délais ne pouvait pas s’appliquer à cette procédure).

Le parquet indiquait également que les femmes ayant témoigné « ont pu, pour plusieurs d’entre elles, exposer le désarroi dans lequel elles s’étaient trouvées face au comportement d’un cadre du parti politique auxquelles elles appartenaient, expliquant ainsi la tardiveté de leurs dénonciations ».

Cette décision venait clôturer l’enquête préliminaire de plusieurs mois, ouverte pour de possibles faits d’« agressions sexuelles, harcèlement sexuel et appels téléphoniques malveillants », au lendemain de nos premières révélations en mai 2016. Elle avait été confiée aux policiers de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

Pendant plusieurs mois, les enquêteurs ont entendu plaignantes et témoins, et auditionné Denis Baupin, avant de synthétiser leurs investigations dans un épais dossier de plusieurs centaines de pages dont Mediapart a pu prendre connaissance, et qui sera évoqué lors du procès à venir.

Devant les policiers, les femmes ayant accepté de se livrer à Mediapart et à France Inter ont réitéré leurs propos. C’est le cas des sept femmes qui avaient parlé à visage découvert, dont quatre ont ensuite décidé de porter plainte (Sandrine Rousseau pour agression sexuelle, Elen Debost et Isabelle Attard pour harcèlement sexuel, Véronique Haché pour tentative d’agression sexuelle), et de certaines qui avaient été citées sous le couvert de l’anonymat.

Il s’agit de Margaux Leduc, ancienne militante du collectif de mal-logés Jeudi noir, qui a accusé Denis Baupin de lui avoir répété à plusieurs reprises qu’il faudrait être « gentille » si elle voulait de l’aide (citée ici), et d’Alexandra Luciani, qui a raconté avoir reçu plusieurs SMS alors qu’elle était collaboratrice du groupe EELV à l’Assemblée nationale, tout en récusant le qualificatif de « victime » (citée ici).

Ont également été auditionnées, à leur demande, Delphine Bonnet, militante EELV qui assure que Denis Baupin lui a touché le sein en public en la saluant sous les yeux de son compagnon (citée ici en tant que « Y ») ; de Christine Delabye, qui l’accuse de lui avoir fait du pied lors d'un dîner, avant de se jeter sur elle dans un bureau où il l’avait attirée sous un prétexte fallacieux (citée ici en tant que « X ») ; et de Nadine Brion, qui travaillait à France Info et nous avait confié son récit dans notre article du 30 mai 2016 (« Z »).

Selon nos informations, deux autres femmes ont expliqué aux policiers avoir été victimes de Denis Baupin. Dont Cécile Duflot, ancienne secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts, qui avait été mise en cause après nos révélations pour n’avoir pas agi en interne de son parti.

Auditionnée le 27 mai 2016, l’ex-ministre du logement a expliqué que Denis Baupin avait essayé d’entrer dans sa chambre d’hôtel, un soir de 2008, lors d’un congrès mondial des partis écologistes à São Paulo (Brésil). Il lui aurait caressé le cou et aurait mis le pied dans la porte pour l’empêcher de la refermer. Elle aurait été obligée de lui mettre un coup de pied dans le tibia et de le repousser à deux mains pour refermer la porte de sa chambre. « J’ai eu très peur », a-t-elle dit aux policiers, selon le PV d’audition que Mediapart a pu consulter.

« Suite à cet événement, j’ai tout fait pour l’éviter », rapporte encore Cécile Duflot, qui dit n’en avoir parlé qu’à une poignée de très proches. Ce n’est que quelques années plus tard qu’elle affirme avoir entendu la députée Isabelle Attard se plaindre des SMS qu’elle recevait, puis l’ancienne porte-parole d’EELV Sandrine Rousseau raconter avoir subi une agression sexuelle.

Interrogée par les enquêteurs sur les raisons de son silence, Cécile Duflot répond, sur son cas personnel : « Je ne pensais pas que cela pouvait faire l’objet d’une plainte et vu que je n’en ai presque pas parlé, on ne m’a pas dit que je pouvais déposer plainte. » Puis, plus généralement : « À l’époque, je craignais aussi que la mise au grand jour de ces faits fasse l’objet d’une exploitation politique. »

« Je n’ai jamais agressé ni harcelé qui que ce soit »

Une ancienne élue à la mairie du XXe arrondissement de Paris, Ariane Calvo, s’est également rendue à la BRDP : elle a relaté avoir eu une relation intime consentie avec Denis Baupin à partir de la fin 2010. « Après réflexion et avec le recul, [elle] m’a semblé marquée d’une certaine emprise », a-t-elle expliqué aux policiers.

Ariane Calvo évoque des « textos insistants » auxquels elle ne donne pas suite. Jusqu’à une « déception amoureuse » avec un autre homme. « J’ai fini par accepter ses avances. »Pourquoi, demande le policier ? « Pour retrouver un peu de “chaleur de cœur”. »

Après plusieurs mois, Ariane Calvo a raconté avoir peiné à mettre fin à cette relation, avant d’y parvenir à l’été 2011. Quelques semaines plus tard, « les SMS ont repris », a-t-elle affirmé, jusqu’à ce que son « compagnon de l’époque » demande à « Denis » de « cesser ses messages ».

« De l’ensemble des auditions, écrivent les policiers dans leur synthèse, nous pouvions constater un point commun entre toutes les déclarantes, c’est qu’elles présentaient au moment des faits une certaine fragilité due pour certaines à des problèmes rencontrés dans leur vie personnelle ou pour d’autres à leur arrivée récente en politique. »

Ils poursuivent : « La plupart expliquaient leur mutisme à l’époque des faits par l’impossibilité de parler sans compromettre leur avenir en politique. Il leur paraissait impossible de mettre en cause une personnalité telle que Monsieur Baupin, lequel jouissait d’une compétence reconnue et d’une implantation de longue date dans le milieu de l’écologie politique. »

L’ancien député écologiste, lui, conteste pied à pied tous les reproches qui lui sont faits. Auditionné longuement les 2 et 3 août 2016, il a également été confronté à Isabelle Attard le 16 décembre 2016.

« Je démens les accusations portées contre moi dans ces articles. Je n’ai jamais harcelé, agressé qui que ce soit. Ce n’est pas dans ma nature, je n’ai pas l’idée d’obtenir quelque chose sous la contrainte notamment dans le domaine amoureux ou sexuel », a notamment déclaré Denis Baupin.

« Avoir une relation avec quelqu’un qui a la même envie que moi : oui. Faire cela sous la contrainte, c’est dégueulasse, et cela me renvoie une image de moi-même sale et dévalorisante. Cela signifierait que j’ai besoin de contraindre les personnes pour avoir une relation, ce qui remettrait en cause ma capacité de séduction personnelle », a-t-il affirmé aux policiers.

Interrogé sur le ressenti totalement différent des nombreuses femmes ayant témoigné contre lui, l’élu répond ceci : « Je ne suis pas dans leur tête, mais pour moi c’est faux. »Dans un entretien à L’Obs, Denis Baupin avait par ailleurs évoqué un « libertinage incompris ».

L’ancien député, qui avait systématiquement refusé de répondre aux questions de Mediapart et de France Inter lors de nos enquêtes, a également fourni l’un de ses téléphones à la BRDP et présenté un grand nombre de SMS. Leur lecture a été au cœur des investigations de la police – les femmes ayant été auditionnées n’avaient, quant à elles, pas conservé trace des messages.

Ainsi, Denis Baupin a confirmé avoir envoyé plusieurs messages à Isabelle Attard, mais ils ne s’accordent pas sur le nombre et ils divergent dans leur interprétation. Là où l’ancienne députée du Calvados a raconté avoir subi un harcèlement sexuel, lui n’y voit qu’une « recherche de relation pour le premier [message], puis de la connivence ensuite ».

Quant à Elen Debost, élue EELV au Mans, Baupin estime qu’il s’agissait d’échanges de « séduction » et de « jeux érotiques ». « C’était des échanges de SMS pour jouer », a expliqué l’ex-député aux policiers. Elen Debost, elle, a expliqué avoir fini par ressentir un malaise – et même plus. Elle fait partie des plaignantes pour harcèlement sexuel, mais les policiers écrivent qu’elle n’a « pas clairement exprimé » sa « gêne ».

Parmi ses SMS, Denis Baupin livre aussi de nouveaux éléments concernant Sandrine Rousseau, qui a porté plainte pour agression sexuelle le 5 novembre 2011 : ils se sont écrit à plusieurs reprises ce jour-là. À 20 h 12, le dirigeant écologiste écrit : « Moi qui espérais avoir perçu une ouverture (smiley) Bon en tout cas, sache que si tu changes d’avis, tu me siffles, et je suis ton homme, où tu veux quand tu veux (smiley) On se retrouve à 9H30 au café Solférino. » Il s’agit d’un RDV avec le PS, pour des négociations électorales. Rousseau répond à 20 h 13 : « OK. »

Si Baupin avance la piste d’un règlement de comptes politique, rendu tout à fait improbable par le nombre de témoignages et par la diversité des profils, il change de ton à deux reprises : quand il est interrogé à propos de Laurence Mermet, et au sujet de Véronique Haché. La première était politiquement proche de lui ; la seconde était au cabinet de Bertrand Delanoë, maire de Paris.

Il nie à chaque fois tout geste déplacé mais de la première, ancienne collaboratrice de la mairie de Paris, il dit : « Je pense que peut-être qu’elle a mal vécu les “éléments de séduction”, à savoir [les] SMS que j’ai pu lui adresser. » « Je ne vois pas d’autres raisons et j’ai d’ailleurs été stupéfait de constater qu’elle avait témoigné dans Mediapart », a également expliqué Denis Baupin.

À propos de Véronique Haché : « Sans doute qu’elle a mal vécu les tentatives de séduction. » Là encore, le député d’alors se dit « stupéfait ». « On échangeait des messages il y a encore quelques semaines. »

Pour sa défense, Denis Baupin a pu, au cours de l’enquête préliminaire du parquet, compter sur de nombreux témoignages de proches assurant ne jamais avoir eu vent d’aucun incident le concernant, ou le décrivant seulement comme un « coureur », voire un dragueur « lourd ». 
 

Le mot revient à de nombreuses reprises dans la bouche d’amis ou de camarades. « C’était lourd de recevoir ce genre de messages, même si c’était du second degré pour lui », explique par exemple l’ex-députée Véronique Massonneau.

« Je peux citer des collaboratrices de cette époque [à la fin des années 1990 – ndlr] qu’il a draguées de façon lourde et maladroite », a affirmé l’ancienne ministre Dominique Voynet. Mais, dit-elle, ces femmes « m’ont confirmé qu’elles avaient pas été importunées de façon insistante et pénible ». Élue à Paris, l’ex-écologiste Célia Blauel défend aussi son ex-patron. Mais elle en convient : « Je pense qu’il peut être lourd par moments. »

Au tribunal, du 4 au 8 février, Denis Baupin a demandé à Dominique Voynet et à Véronique Massonneau de venir témoigner à la barre. Sont également annoncés, pour le plaignant, les écologistes Jacques Archimbaud et Mireille Ferri, son ex-compagne Pauline Véron, ainsi que son épouse Emmanuelle Cosse. Lors des débats, les douze prévenu.e.s feront aussi entendre leurs témoins.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article