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MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

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MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

Affaire Baupin: Des politiques témoignent après le procès

Affaire Baupin: Des politiques témoignent après le procès

Des politiques témoignent après le procès de l’affaire Baupin: «C’est un peu de justice dans ce monde de brutes!»

 PAR 

Interrogés lors d’un colloque sur les femmes et la politique, Clémentine Autain, David Cormand, Elsa Faucillon et Manon Aubry reviennent sur ce que le procès de l’affaire Baupin signifie pour eux. Tous estiment qu’il y aura un avant et un après cette semaine décisive.

Ce vendredi 8 février, le procès de l’affaire Baupin entame sa dernière journée d’audience après une semaine éprouvante. Le tribunal de grande instance a vu défiler d’ex-militantes d’Europe Écologie-Les Verts (EELV). Sandrine Rousseau, Cécile Duflot, Elen Debost affirment, tour à tour, avoir été harcelées ou agressées sexuellement par l’ancien élu de Paris. Son épouse, ex-ministre, Emmanuelle Cosse, est, elle, venue témoigner pour le défendre.

À quelques mètres du tribunal de grande instance, la députée de La France insoumise Clémentine Autain et le quotidien Libération organisent, au même moment, une journée de colloque sur les femmes et la politique. Le pouvoir a-t-il un sexe ? Des dizaines de chercheuses et de femmes politiques, comme Anne Hidalgo, maire de Paris ou la députée Danièle Obono – seulement trois hommes ont accepté l’invitation, et un seul homme de droite : Geoffroy Didier – se succèdent pour répondre à cette épineuse question dans une salle de l’Assemblée nationale. Ils livrent leurs témoignages et analyses sur la parité, la perception du corps des femmes en politique, le « manspreading » ou le manque de femmes aux postes de pouvoir dans les formations militantes…

Mais le procès intenté par Denis Baupin contre Mediapart, France Inter, et celles qui ont révélé des cas de violences sexuelles en 2016, est dans toutes les têtes. La déposition de Cécile Duflot, qui reconnaît son « abdication en rase campagne » face aux événements qui se déroulaient sous ses yeux alors qu’elle était secrétaire nationale du parti, ou le témoignage des femmes victimes à la barre, ont marqué les esprits. Pour longtemps.

« Ce procès est exemplaire. Après #MeToo, c’est une nouvelle étape pour montrer que les choses ne se passeront plus de la même façon », a observé la sénatrice EELV Esther Benbassa. À côté d’elle, l’ancien candidat à la présidentielle, Benoît Hamon, a reconnu avoir été confronté à des faits de harcèlement, d’agression sexuelle au sein d’organisations politiques qu’il dirigeait : « Depuis l’affaire Baupin, je perçois la différence entre le fait de conseiller aux femmes de porter plainte et le fait de formuler les choses au sein même de sa propre famille [politique]. Il faut en tirer les conséquences et les leçons, et mettre en place des instruments pour prévenir, informer, et détecter. Je crois avoir une conscience plus aiguë de cela. »

Mediapart a interrogé quatre responsables politiques présents au colloque pour savoir ce qu’ils avaient retenu de cette semaine, et ce qu’avait changé, selon eux, ce procès.

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Clémentine Autain, députée La France insoumise : 

 

« Je suis heureuse que le procès intenté par Denis Baupin se soit retourné contre lui. C’est un peu de justice dans ce monde de brutes ! Surtout vu qu’il ne s’est même pas présenté au tribunal : il avait manifestement du mal à voir ses victimes en face.

J’ai été, comme tout le monde, très touchée par les témoignages, notamment celui de Cécile Duflot. Enfin ! Nous avons besoin que la parole se libère et que les mécanismes qui enferment les gens dans le silence soient mis en lumière, ce qu’a très bien fait Cécile en racontant avec finesse l’omerta dans laquelle elle aussi a été plongée et qu’elle n’a pas su briser, croyant ainsi agir dans l’intérêt du parti.

Je tiens à rappeler que l’affaire Baupin a eu lieu dans le parti qui était le plus en pointe sur ces questions. L’onde de choc va encore faire progresser EELV quant à la prise en charge de victimes potentielles de harcèlement sexuel, mais aussi, je l’espère, les autres formations politiques. À La France insoumise nous évoluons sur ce sujet, mais, comme ailleurs, nous ne faisons pas suffisamment en ce sens. Il y a encore beaucoup de travail pour passer de l’égalité formelle à l’égalité réelle. »

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David Cormand, secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts :

 

« Ce procès est quelque chose qui nous remet en question profondément dans notre mouvement politique. J’ai passé la semaine au tribunal pour soutenir les copines du parti. Et au fur et à mesure des débats, je me suis dit que c’était dommage que le procès ne soit pas enregistré et projeté devant des hommes notamment.

Le problème dans cette affaire, ce n’est pas tant la libération de la parole des femmes que le manque d’écoute des hommes. Il y a moins un problème de parole qu’un problème de surdité, je m’en suis rendu compte cette semaine : pour les femmes, témoigner sur leurs agressions dans les colonnes de Mediapart ou sur France Inter, c’était une façon de hurler ce que personne ne voulait entendre.

Ce qui est aussi apparu très fortement dans ce procès, c’est la culpabilité de Cécile Duflot : à l’époque où elle se fait agresser par Denis Baupin, elle identifie qu’elle subit des violences mais sans pouvoir en parler de peur de montrer sa fragilité alors qu’elle est la cheffe de parti. Dans cette affaire, les femmes ont subi une triple peine : l’agression sexuelle, puis le risque d’être réduite à cela, enfin, une forme d’éloignement de la politique [Sandrine Rousseau a arrêté la politique, Cécile Duflot est devenue directrice générale d’Oxfam – ndlr]. Autrement dit, décider de parler, c’est s’infliger, en plus de la première peine, les deux peines suivantes.

À EELV, qui est un parti très féministe, des dispositifs existaient déjà pour que la parité et l’égalité hommes/femmes soient réelles au sein du parti. Depuis 2016, nous avons mis en place une cellule d’écoute spécifique, pilotée par un organisme indépendant de l’organisation. Mais si les dispositifs sont nécessaires, ils ne sont pas suffisants.

La question, désormais, n’est pas tant de savoir comme faire si une autre affaire comme celle-là surgit. La question, c’est comment faire pour que cela n’arrive plus. C’est pour cela que ce procès ne doit pas nous conduire à tourner la page ; au contraire, il doit nous permettre d’avoir toujours cette affaire en tête. »

« Forcer les organisations à s’interroger sur leur structure même »

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Elsa Faucillon, députée communiste :

 

« Ce procès nous fait sortir d’une logique où c’est la justice qui réglait, seule, ce genre d’affaires. Aujourd’hui, on ne peut plus seulement laisser la police faire son travail ; les organisations sont obligées de s’interroger, en profondeur, sur la manière dont elles peuvent empêcher de tels agissements.

Une autre chose que cette histoire a changée, c’est le rapport entre hommes et femmes dans le champ politique. Certains hommes – les plus intelligents – sont plus sensibles à la manière dont ils se comportent avec les femmes, ils font plus attention. Il y a un doute qui persiste chez moi, néanmoins : je crains que les prédateurs sexuels continuent leurs méfaits, mais sur des proies moins en vue que les femmes politiques – les collaboratrices, les secrétaires… Si on ne traite pas la question de la prédation en elle-même, les harceleurs continueront et s’attaqueront à d’autres cibles. Vers qui vont-ils se tourner ?

Il faut que ce procès permette à la nouvelle génération de s’exprimer plus librement et fortement sur le sujet des agressions sexuelles. Il faut que les partis s’emparent de ce sujet et se demandent dans quelle mesure leur organisation entrave ou permet d’écouter les choses qui sont dites.

Au PCF, la commission du droit des femmes a fait un gros travail, mais il nous reste beaucoup à faire. Je ne suis pas sûre que les partis de gauche aient posé assez de leviers pour que la parole émerge : il faut davantage de co-présidences, de co-animations, faites par des femmes. Si Fabien Roussel [secrétaire national du PCF – ndlr] venait à ne pas prendre le sujet à bras-le-corps, je fais confiance à celles et ceux qui mèneront le combat au sein du parti pour le lui rappeler. »

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Manon Aubry, tête de liste La France insoumise pour les prochaines élections européennes :

« Ce “procès Baupin” rappelle à quel point le militantisme, quand bien même il se ferait pour des valeurs progressistes, continue à véhiculer une domination des hommes sur les femmes. J’étais présidente de l’Unef Sciences Po pendant la période noire du syndicat étudiant, il y a dix ans. J’en garde, comme beaucoup de camarades, un souvenir marqué et un relatif sentiment de culpabilité. Pourquoi n’avons-nous pas réussi à mettre des mots sur l’ambiance malsaine qui, au-delà même des questions du harcèlement sexuel, régnait dans l’organisation ? L’examen de conscience a été très rude pour tout le monde.

Avec le recul, je me rends compte que c’est la structure même de l’organisation qui était en cause, en plus des responsabilités individuelles. Le langage politique guerrier et viriliste qui y était véhiculé, la culture du chef, ces jeunes militants transformés en « moines soldats »… Il y avait quelque chose de sectaire là-dedans, qui a favorisé les pratiques déviantes et a conduit au silence sur certaines pratiques en vigueur. 

 

Ces comportements, nous les avons observés et vécus pendant nos jeunes années militantes, mais nous les avons subis en silence, isolément, sans saisir à quel point ils dessinaient, mis bout à bout, un système oppresseur. Dix ans plus tard, nous avons reconstitué les pièces du puzzle.

Si un changement d’organisation et de mode de fonctionnement avait pu avoir lieu, tout cela ne se serait sans doute pas passé. Mais c’était, pour moi, comme pour les autres, notre premier engagement politique. Nous n’avions pas de recul critique. Je débarquais de ma province, j'étais une jeune femme de 18 ans et n'avais jamais connu de structure militante. C’était impossible à l’époque d’accepter l’idée que nous étions à la fois victimes et responsables, à des échelles différentes.

Aujourd’hui, l’affaire Baupin permet de dire les choses et de forcer les organisations à s’interroger sur leur structure même. Ma crainte, quand j’ai commencé à faire de la politique en rejoignant La France insoumise, c’était de me retrouver dans un schéma similaire à celui de l'Unef : que l'intérêt de l'organisation prime sur les droits des femmes. Cette crainte m'a fait beaucoup hésiter à accepter la proposition de La France insoumise. Chaque jour j’y pense, et je suis très vigilante pour que ça n’arrive pas au sein du mouvement car je ne pourrai plus jamais revivre ça. »

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