Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

Jean Claude BIAU Actions sociales & écologistes MONTPELLIER MÉTROPOLE MEDITERRANEE & OCCITANIE

MONTPELLIER MÉTROPOLE ÉCOLOGIE

VOYAGE EN OCCITANIE

Toulousaine d’origine, mais entourage montpelliérain, présidente en difficulté avec sa majorité plurielle… le point à un an de son investiture.

Carole Delga : la présidence du paradoxe

Elle est la plus jeune présidente de région de France. À 44 ans, le 13 décembre 2015, Carole Delga est élue à 44,8 % des voix face à Louis Aliot (33,9 %) et Dominique Reynié (21,3 %). D’entrée de jeu, la présidence de Carole Delga s’annonce difficile. « J’avais dit le jour de mon élection à la présidence que mon rôle premier serait de rassembler et de fédérer », confiait-elle au journaliste politique pour France 3 Midi-Pyrénées, Laurent Dubois. Une mission qui ne quitte plus Carole Delga. Avec 49 élus PS sur les 158 qui composent l’hémicycle, sa majorité repose sur des alliances fragiles entre Jean-Michel Baylet (PRG) et Gérard Onesta (EELV). Elle se compose ainsi de la Nouvelle Gauche socialiste, du Front de gauche, d’EELV et des occitanistes. Sa première vice-présidente n’est autre que Sylvia Pinel, patronne du PRG, tandis que Gérard Onesta (EELV) a obtenu le poste de président de l’assemblée du conseil régional. Elle doit alors composer avec cette majorité « Nouveau Monde en commun », déjà divisée dès le début de son exercice. En effet, Carole Delga voit 4 membres de sa majorité s’abstenir au moment du vote de son investiture. D’autres divergences majeures s’immiscent entre elle et sa majorité plurielle : abstention et vote contre lors de l’adoption du budget, opposition sur la LGV et financement de la gare de Montpellier-La Mogère, abstention lors du vote du nom de la région… Les tractations qui en résultent agacent dans l’opposition. « Je trouve qu’il y a beaucoup de décisions prises par l’exécutif et le conseil régional qui donnent l’impression d’être des compromis permanents internes à la majorité. La plupart des grands dossiers sont actés en dehors de l’assemblée régionale. Par exemple, le nom a été choisi par consultation interne et externe, mais a eu à peine deux heures de débat en assemblée régionale », assène Christophe Rivenq, président du groupe d’opposition de l’Union de la droite et du centre à l’assemblée régionale.

Le divorce

En juin dernier, les élus du Parti de gauche et Nouvelle Gauche socialiste demandent le divorce. Ils souhaitent constituer un groupe autonome et quitter « Nouveau Monde en commun ». Mais, une modification du règlement intérieur empêche le groupe des cinq dissidents – Jean-Christophe Sellin, Guilhem Serieys, Liem Hoang Ngoc, Myriam Martin et Muriel Ressiguier – de passer à l’action. Un amendement déposé par le PS fait passer le seuil de constitution d’un groupe de 4 à 7 élus. Les dissidents ne sont plus assez nombreux. Pour Jean-Christophe Sellin (PG), un seul responsable : le président du bureau de l’assemblée régionale, Gérard Onesta. Conséquence, les dissidents refusent désormais de participer aux réunions de « Nouveau Monde » et arrêteront en sous-groupe leur position sur les dossiers régionaux. Ainsi, Carole Delga perd l’aile gauche de sa majorité. Interrogée, la présidente n’évoque pourtant pas ces obstacles : « J’ai de la chance d’avoir des collaborateurs compétents et un exécutif qui vit bien ensemble. […] Cette majorité est à l’aise dans ses baskets, complémentaires : elle a envie de réussir pour la région », assure-t-elle en interview pour le blog politique de Laurent Dubois, en juillet dernier.

L’entourage de la présidente essentiellement montpelliérain

Fait étrange pour cette Toulousaine d’origine entrée en politique en 2008, l’entourage de la présidente est essentiellement composé de Montpelliérains. Laurent Blondiau, son directeur de cabinet, n’est autre que l’ex-directeur de communication de feu Frêche, plébiscité dans le documentaire d’Yves Jeuland Le Président. « L’entourage Languedoc-Roussillon, c’est Blondiau. Dans l’entourage toulousain, il y a beaucoup de gens qui n’ont pas d’influence ou de réels rôles opérationnels, notamment le cabinet de Toulouse. Ils ne sont pas informés, il n’y a pas de réunion de cabinet », analyse Laurent Dubois. Elle passe également beaucoup de temps avec le Nîmois Christian Assaf, président du groupe socialiste à l’assemblée régionale. Mais qu’en est-il de son réseau toulousain ? « La seule personnalité qui émerge, c’est Nadia Pellefigue [NDLR, vice-présidente du conseil régional, PS], mais elle n’est pas de l’entourage proche, elle est issue du cercle politique », répond Laurent Dubois. Il y a également l’Albigeois Gérard Onesta, pièce rapportée avec laquelle elle doit composer. La présidente a pourtant été maire de Martres-Tolosane, commune de la Haute-Garonne, pendant sept ans, vice-présidente du conseil régional sous la présidence de Martin Malvy avant sa députation, elle est devenue secrétaire d’État puis présidente de l’Occitanie. Un parcours fulgurant en seulement sept ans, mais qui ne lui a, semble-t-il, pas laissé de réseau toulousain… « Elle était en poste à Toulouse [NDLR, dans la fonction publique territoriale] et elle n’a pas trop envie de retourner là où elle a été directrice administrative, ou simplement une petite main. Les Toulousains sont vent debout par rapport à ces déséquilibres entre les deux villes et les deux hôtels de région. Les Montpelliérains, Laurent Blondiau en tête, ont réussi à cannibaliser Toulouse », éclaire Laurent Dubois.

Houleuses relations avec Philippe Saurel

Son ex-concurrent au premier tour des régionales et dissident de la gauche n’est pas tendre avec la nouvelle présidente de la région. Sa petite vengeance a été de se hisser à la tête de Montpellier Events, coupant l’herbe sous le pied de la présidente. Carole Delga voulait y placer Marie-Thérèse Mercier, conseillère régionale. Mais aujourd’hui, les relations semblent s’être apaisées. « Nous sommes capables de nous parler respectueusement et positivement », assure Philippe Saurel. Quant à savoir si Carole Delga est à la hauteur, le maire de Montpellier et président de la Métropole réserve sa réponse. « Cela fait un an que Mme Delga est élue, je ne jugerai que sur la durée. Mais, je considère que le contrat de plan État-Région-Métropole que nous avons signé est équilibré. »

À droite toute !

Faute de majorité sereine et soudée, la présidente prendrait un virage à droite pour diversifier ses soutiens. L’article « Carole Delga est-elle à la hauteur ? » paru dans L’Express début décembre affirme : « Elle peut trouver des soutiens à droite, glisse un conseiller régional LR, il y a des connexions entre les deux camps. Au point d’y puiser les voix qui manquent parfois chez ses alliés ? Christophe Rivenq est régulièrement consulté par Christian Assaf, président du groupe socialiste. » Affirmation confirmée par Christophe Rivenq : « On se retrouve à voter régulièrement favorablement en assemblée et surtout en commission permanente avec la majorité. Ce n’est pas parce que la majorité propose des délibérations que nous sommes contre. Dans les commissions permanentes, nous avons dû voter favorablement 90 % des rapports. Mais il y a des différences de vues sur les grandes thématiques, les orientations budgétaires, les ressources, sur la collectivité, sur les visions à long terme sur les transports, sur le nom de la région, sur le règlement intérieur, sur le fonctionnement de l’institution… » Jean-Pierre Grand va plus loin dans les colonnes de L’Express : « Carole Delga doit construire une majorité de gestion. Elle perdrait moins de temps à discuter avec des gens sérieux de la droite et du centre qu’avec des excités. » Une idée que Christophe Rivenq tend à nuancer : « Si demain elle veut [NDLR, la présidente] que nous participions à la construction de positions, j’ai toujours dit qu’on ne serait pas une opposition politicienne. Mais rentrer dans une majorité régionale, qu’est-ce que cela veut dire ? Nous n’avons pas été élus là-dessus. Est-ce qu’on appelle ça une nouvelle majorité ou plutôt une union sacrée pour essayer de sortir cette région de la situation dans laquelle elle est ? » Pour lui, la collaboration gauche-droite est de toute façon inévitable : « Aujourd’hui, la plupart des métropoles du territoire sont dirigées par des élus LR ou centre, hormis Montpellier. Sète, Alès, Perpignan, Nîmes, Narbonne, Carcassonne, ce sont Les Républicains ou le centre, et même Toulouse, la capitale, est dirigée par un élu LR… La région est gouvernée en apparence par le Parti socialiste, mais surtout malheureusement par le Parti communiste et certains écologistes un peu… intégristes. À un moment, il va falloir que les territoires se parlent. D’autant que la loi NOTRe et les lois de décentralisation ont quand même fait de l’intercommunalité et la région des interlocuteurs majeurs du développement économique. » Philippe Saurel, pourtant maire de la seule Métropole de gauche de la région, joue la carte de l’indépendance sans attendre après la présidente : « Le gouvernement a choisi Toulouse comme capitale régionale au détriment de Montpellier. J’ai anticipé la réforme et, avec Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, nous avons passé un partenariat très fructueux. Aujourd’hui, avec l’équipe municipale et les maires de la Métropole, nous avons pris en main les destinées de notre territoire. » Le député Assaf est également en lien avec Stéphan Rossignol. Des relations privilégiées qui pourraient s’avérer plus qu’utiles si le candidat favori du maire de La Grande-Motte, François Fillon, venait à remporter les présidentielles 2017… « Dans les prochains mois, chacun va reprendre ses cartes politiques. La question d’une union sacrée pourra se poser plus raisonnablement d’ici six ou sept mois, et je suis prêt à en discuter très sérieusement avec la présidente. Elle a l’argent, et nous, agglomérations, nous avons les idées et les besoins. Elle ne peut pas gouverner contre nous, tout comme on ne peut pas gouverner contre la région », affirme Christophe Rivenq, directeur du cabinet de la Ville d’Alès.
C’est donc une présidente de gauche qui drague la droite, une présidente toulousaine qui penche à Montpellier… Une présidente décidément abonnée aux paradoxes.

Coralie Pierre

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article