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Hollande, Maurice Thorez et la grève à terminer forcément PAR ANTOINE PERRAUD ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI...

Hollande, Maurice Thorez et la
grève à terminer forcément
PAR ANTOINE PERRAUD
ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI 8 JUIN 2016
En paraphrasant l'ancien secrétaire général du PCF
sur le fait de « savoir arrêter une grève », François
Hollande ne se contente pas de tronquer une citation.
Il dévoile le cerveau reptilien de la gauche dite de
gouvernement.
François Hollande, dans un entretien à La Voix du
Nord publié ce mardi 7 juin, affirme ceci : « Le
gouvernement a montré sa volonté de dialogue :
notamment dans les transports routiers, l’aviation
civile ou le ferroviaire. Il y a un moment où selon une
formule célèbre, il faut savoir arrêter une grève ! »
La formule est donc empruntée à Maurice Thorez,
mais tronquée. En effet, le 11 juin 1936, quatre jours
après les accords Matignon, le secrétaire général du
Parti communiste français déclarait : « Il faut savoir
terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue.
»
En escamotant la seconde partie de la citation, le
président de la République en gomme le contexte :
après la victoire du Front populaire, la classe ouvrière
était en situation d’obtenir satisfaction sur bien des
points – à l’inverse de la régression qu’impose
aujourd’hui le capitalisme effréné qui met sous
l’éteignoir les dernières flammes de la contestation
sociale.
François Hollande utilise de surcroît la même méthode
de rapt sémantique que son prédécesseur, Nicolas
Sarkozy, qui assénait, le 20 novembre 2007, devant
le 90e congrès des maires de France : « Il faut savoir
terminer une grève lorsque s’ouvre le temps de la
discussion. » La France en était alors au septième jour
de la grève dans les transports, pour protester contre la
réforme des régimes spéciaux de retraite.
M. Sarkozy – à moins que ce ne fût l’oeuvre d’Henri
Guaino, sa plume toujours prompte à se hausser du
col –, en artiste de la vampirisation lexicale, s’offrit
même quelques variations sur ce thème. « Il faut savoir
finir une… guerre », déclara-t-il ainsi le 12 juillet
2011, en Afghanistan, lorsqu'il annonça le retrait de
1 000 soldats français.
© Mediapart
M. Hollande n'en est pas à son coup d'essai dans
la paraphrase thorézienne. Voilà deux ans, le 13
juin 2014, depuis Andorre, le co-prince républicain
lâchait, au sujet des grèves à la SNCF : « Il y a un
moment où il faut savoir arrêter un mouvement. » Le
président de la République en voulait pour preuve les «
conséquences dommageables » en plein baccalauréat.
En avril 2014, Jean-Christophe Cambadélis, premier
secrétaire du PS, fustigeait ainsi les députés de son
parti regimbant face à l'austérité imposée par le
gouvernement et baptisée « pacte de stabilité » : « Il
faut savoir arrêter une fronde. »
La petite phrase qui roule d'âge en âge renvoie au
grand débat jamais résolu : qu'est-ce qu'une gauche
de gouvernement ? Un équilibre, une aporie, ou une
trahison ? Dans son discours du 11 juin 1936, Maurice
Thorez était en situation de responsabilité pour les
uns, de compromission pour les autres. Il ajoutait ceci,
immédiatement après sa fameuse citation : « Il faut
même savoir consentir au compromis si toutes les
revendications n'ont pas encore été acceptées, mais si
l'on a obtenu la victoire sur les plus essentielles et les
plus importantes des revendications. » Et il concluait
par un tonitruant : « Tout n'est pas possible. »
Maurice Thorez répondant ainsi à la tribune
de Marceau Pivert – qui incarnait la tendance
révolutionnaire au sein de la SFIO. Texte paru le 27
mai 1936, sous le titre « Tout est possible », dans
LePopulaire, l'organe officielle de la SFIO : « Qu'on
ne vienne pas nous chanter des airs de berceuse :
tout un peuple est désormais en marche, d'un pas
assuré, vers un magnifique destin. Dans l'atmosphère
de victoire, de confiance et de discipline qui s'étend
sur le pays, oui, tout est possible aux audacieux.
Tout est possible et notre Parti a ce privilège et cette
responsabilité tout à la fois, d'être porté à la pointe
du mouvement. Qu'il marche ! Qu'il entraîne ! Qu'il
tranche ! Qu'il exécute ! Et aucun obstacle ne lui
résistera ! »
Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr 2
2/2
« Tout est possible », par Marceau Pivert (Le Populaire, 27 mai 1936)
Après guerre, Marceau Pivert (1895-1958) prend
position pour l'indépendance de l'Algérie, à l'encontre
des caciques de la SFIO – où il est placardisé – et
à rebours d'un PCF ayant voté les pleins pouvoirs à
Guy Mollet pour mater la « rébellion » en 1956. Après
guerre, Maurice Thorez (1900-1964) devient ministre
d'État du général de Gaulle – et reste au gouvernement
jusqu'à en être chassé, le 4 mai 1947, par le socialiste
Paul Ramadier. Chantre de la reconstruction, de la
production et du retroussement des manches au nom
du relèvement de la patrie, le secrétaire général du PCF
aura ce cri du coeur – qui n'a guère encore servi dans la
bouche de nos huiles pour stigmatiser les mouvements
sociaux intempestifs : « La grève, c'est l'arme des
trusts ! »
François Hollande, à la veille du championnat
d'Europe de football, joue avec les mots comme
dribblait Roger Magnusson, l'idole de sa jeunesse.
Toutefois, l'idiome n'est pas un ballon rond et le
responsable politique verse dans l'irresponsabilité
langagière sous couvert de répandre la bonne mesure.
Ce n'est pas la presse ni l'opinion qui ont dénaturé
la citation de Maurice Thorez, mais bien le président
de la République, dans sa parole publique. Que dirait
l'ultime carré de ses partisans si nous retranchions la
seconde partie de la phrase suivante – la chute de
cette chronique –, juste après la virgule ? M. Hollande
est un faussaire méprisable, ne manqueront pas de
s'époumoner ses contempteurs les plus excessifs…

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